Argentine aigre-douce
Le doux est la premiere chose que j'ai vu ici. Je me rappelle, en sortant de l'aeroport, cette pub de coca qui disait "souriez, vous etes en Argentine". Si coca le dit, c'est que c'est vrai! Beau pays, donc, qui m'a tout de suite plu. Au rayon du doux, je nommerai entre autres :
- La dulce de leche : le nutella d'ici, c'est de la confiture de lait. Certes, on en a aussi en France, mais pas avec autant de varietes, et autant d'applications culinaires. Simon, je me dis souvent que rien que pour ca, le pays te plairait beaucoup ;-) Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une creme tres sucree, au gout de caramel en plus subtil, qui degage tout son arome a la petite cuillere directement dans le pot en fin de repas.
- Ses havres de paix : la ville regorge de parcs, qui des les premiers rayons sont envahis par une foule heteroclite qui dors, picnic, fait du sport etc etc.. pas tres tranquille certe, car souvent ces espaces sont cernes par la circulation... Mais il est possible de s'extraire a tout ca. Mes 2 derniers trouvailles du we : Visite nocture a la reserve ecologique : le guide nous conduit a travers bosquets et sentiers, nous racontant les legendes lies aux arbres, nous invitant a fermer les yeux et a ecouter. Incroyable, plus de klaxons, plus de bourdonnement dans les oreilles. Seul le croassement des crapaux nous assourdit. puis on arrive au fleuve, pleine lune se refletant sur le rio... ah oui, faites moi penser a amener un copain de poche la prochaine fois que je pars en voyage, car a ce moment la ce que je prenais naivement pour un groupe s'est revele n'etre qu'une juxtaposition de couples attendant le moment propice pour se disperser et me laisser seule avec le guide. j'ai abrege la fin de la visite... Autre trouvaille : a a peine une heure de train se trouve Tigre, et son embarcadere vers les iles du delta. J'ai choisi Tres Bocas, je me suis posee sur une chaise longue devant le petit lac a l'interieur de l'ile, et la, incroyablement, j'ai realisee que j'etais en vacances... je suis partie a la decouverte de la mini jungle de l'ile, une petite marche juste assez sauvage pour me croire a l'aventure sans me fatiguer, une jungle qui sentait le chevrefeuille, enivrant!
- Sa musique : j'avais eu un premier aperçu a la parilla le we precedent, mais j'ai assiste hier soir a mon premier concert ici! il etait temps, je sais... Fernandez Fierro, Orquestra de Tango. Imaginez 10 hommes sur scene. 2 des accordeonistes ont des dreadlocks, le contrebassiste est encore a woodstock, cheveux long, pat d'ef et lunettes noires, tous les autres ne sont pas plus classiques. L'ensemble nous joue une interpretation moderne du tango, peu de paroles mais les voir vivre leur musique suffit a comprendre l'histoire. Ils rejouent dans un autre lieu mercredi soir, j'en suis!
- Le castellano . entre le aigre et le doux a vrai dire : serieusement, l'argentin est je trouve bien plus joli que l'espagnol. La forte influence italienne lui donne ce cote chantant que j'adore. Mais ça tourne au vinaigre quand c'est moi qui le parle. bon, je fais des progres tous les jours, mais j'en raconte de belles aussi, alors je vais partager avec vous mon dernier lapsus... Samedi matin j'etais volontaire pour aider a une collecte d'aliments organisee conjointement par Carrefour et la banque de l'alimentation. Je devais me rendre a l'autre bout de la ville, dans un quartier qui s'appelle Versailles d'ailleurs, petit clin d'oeil de la vie. A la place d'un chateau, mon repere etait le stade de foot. Stade se dit Cancha ici. Et moi je demande au chauffeur de me prevenir quand nous arrivons a la cuncha... Je laisse les linguistes expliquer aux autres... en tout cas, le chauffeur m'a regarde bizarement puis m'a dit ok, ainsi ce n'est que le soir meme alors que je racontais a un ami ce que j'avais fait de ma journee et que celui-ci se soit bien foutu de moi, que j'ai compris ma regrettable erreur...
Le aigre maintenant... il y a 2 choses difficles en Argentine, l'histoire passee, et la pauvrete toujours presente. Nous sommes bien en Amerique latine, et malgre ses airs de ville fiere et moderne, Bs As ne peut cacher ses plaies. Evidemment, mon premier contact avec la pauvrete a ete dans la rue. Enormement de gens dorment dans la rue, les parcs, les trottoirs. Il y a egalement les enfants, qui ont je trouve une jolie façon de demander de l'argent : au lieu de te laver le pare-brise de force, ils offrent des petits spectacles de jonglages avec 3 pommes et 2 oranges aux voitures arretees aux feux. Il y a aussi les cartoñeros, que l'on voit le soir se ballader avec leur charrette et trier les detritus pour en recuperer ce qui est recuperable. A pieds dans le centre, dans les quartiers un peu plus lointain certains ont un cheval pour tirer leur charette. Vision assez incroyable au milieu des taxis et des bus. Bs As a egalement ses "flavelas". Ces quartiers, nommes ville cache, ville secrete, ville mysterieuse, sont generalement en dehors de la ville, et bien entendu je n'y mettrais pas les pieds. Ce serait du voyeurisme, de la provoc, et un suicide. Certains sont cependant etonnamment proche, il y en a notamment un juste sous l'autoroute qui arrive a la ville. a peine 10 minutes de voiture de chez moi. La premiere fois que je l'ai apercu, je n'en croyais pas mes yeux : une sorte d'enorme chantier, pas une seule habitation n'a l'air d'avoir ses 4 murs et son toit, de la tole partout, des gens partout dans ces detritus.. et si pres de l'opulence des quartiers du centre.
L'histoire de l'Argentine est egalement bien douloureuse. La dictature a laisse des blessures qui saignent encore. Tous les jeudis depuis les annees 70 et les episodes des Desaparecidos (les disparus : des milliers d'opposants ou soit-disant opposants au regimes qui ont ete tortures, massacres, et dont on a jamais retrouve les corps pour la plupart), les meres de la place de mai defilent devant la casa rosada (l'elysee d'ici), pour toujours demander que soient juges les responsables, pour toujours mettre un visage sur ces disparus. En ce moment, vous en avez peut-etre entendu parler, tout le pays est a la recherche de Jorge Julio Lopez, dernier temoin de ces atrocites devant temoigner au proces de l'un des responables, juge pour crime contre l'humanite. Les manifestations se multìplient, des affiches de Lopez sont partout, j'ai meme recu un texto d'appel a temoin pour le retrouver. Je suis allee l'autre jour a une exposition au centre culturel de Recoleta d'artistes de differents pays d'amerique latine montrant leur vison de ces massacres, qui bien entendus ne sont pas specifiques a l'argentine. Le recit de ces horreurs m'a plus que donne la nausee, les temoiganges et oeuvres m'ont mis les larmes aux yeux, et maintenant je m'etonne que ce peuple reussisse a etre si chaleureux et agreable apres toutes ces epreuves ( sans parler de la crise de 2001).
Je pense a vous meme si vous n'avez pas tous de petit mmessage perso ;-)
beso