Les Tribulations dun Gitan et dun Chouchou en Thaïlande Larrivée illuminée de Chouchou
Comme promis, la suite. Jour 2 :
Aujourd’hui, c’est vraiment Noël. Alors Pablo et moi décidons que ce sera également une journée cool, et qu’il n’y avait nul besoin de se presser au petit matin pour parcourir des km à travers Bangkok. Ainsi, nous partons doucement en début d’après-midi pour une petite promenade à travers Sukhumvit. Après une halte dentifrice/shampooing au Foodland, nous descendons d’un pas heureux la grande et longue rue de Sukhumvit, en serpentant les bars tunnels, les kebabs, et les foules qui se massent un peu partout. En vérité, j’ai l’attention de l’emmener au Dasa Café, vraisemblablement l’un des endroits les plus bobos de tout Bangkok. Le Dasa Café vend en effet des livres en anglais d’occasion dans un espace plutôt réduit, mais agrémenté d’un beau canapé prune au premier étage, et de petites tables en fer forgé au rez de chausser, autour desquelles on peut déguster de succulentes parts de gâteau et tartes, sans oublier l’inévitable café qui va avec. Bien entendu, nous n’avons rien goûté de tout cela, car en chemin, nous avions déjà succombé à la tentation de brochettes poulets et porc, d’une galette de mini crevettes, de petites madeleines et d’une énorme crêpe à la banane façon Thaï.
Après toutes ces émotions (et quelques Leo biers), nous sommes tombés dans le lit comme des masses informes et épuisées. Quel bonheur de dormir ! Jour 3 : Nous sommes le 26 Décembre, et je dois aller travailler. Quelle triste perspective ! Je laisse donc le Pablito (dont l’errance vous sera relatée par les quelques photos de l’album) et pars très en retard vers l’Ambassade de France. Journée triste et insipide, non performante, barbante. Le soir arrive, et Pablo entre sans bruit dans mon bureau vers 18H30. Ma motivation soudainement retrouvée, j’emmène Pablo dans ma cantine du soir aux alentours de Sala Daeng, puis nous partons direction le Bazar de nuit du Lumpini Park. Alors que je choisis une table, pas trop près du groupe de musique Live, mais pas trop près non plus de l’écran géant de foot sur le mur opposé (on ne sait jamais, pour peu que Pablo recouvre subitement de sa myopie !), Pablo va nous chercher des bières Chang (pour changer).
Alors que Pablo se blase tout seul parce qu’il ne trouve pas les titres ultra précis qu’il veut, je continue ma prospection et achète quelques petits kilo de livres supplémentaires à ramener en France (hum !). Puis mes yeux de lynx, il faut le dire, se pose sur LE livre pour Stéphane : Hommage à la Catalogne par George Orwell. Quiconque connaît Stéphane sait combien il chérit et affectionne 1984, et la référence explicite à la Catalogne, ma foi, est plus que bien tombée (hein, Célia !). Pablo ouvre quand même le livre pour voir ce qu’il y a dedans, mais pour moi, le choix est fait. Trop de coïncidences s’imposent pour ne pas y voir un signe. 3 minutes plus tard, Pablo décide que ce sera son cadeau de noël pour Stéphane… Après ces heures (presque) intellectuelles, il nous faut nous reposer. Nous nous asseyons donc dans un parc, où Pablo avait l’attention de faire une sieste. Au passage, il prend en photos les arrêts de bus transformés au pub géante pour Mc Do. Malheureusement pour lui, les jolies thaïes derrière nous l’empêchèrent de fermer les yeux (il les a même prises en photo le fourbe !). A la sortie du parc, ce fut encore plus dur, entre l’arrivée inopinée de jeunes collégiennes en uniforme et les jambes fines des thaïes qui ondulent le long de l’escalator du BTS…
Le night Bazar est un endroit totalement magique. Alors que les groupes live délivrent un mélange de pop thaïe mêlées de chansons RnB à la mode, et de love songs complètement has been, une foule se masse en son centre, sur des centaines de petites tables rondes, posées un peu au hasard des rangées. Tout autour, à gauche, des stands de nourritures à n’en plus finir. A droite, des slogans alléchants au-dessus des stands d’alcool qui se pressent les uns à côté des autres. Et tout au dessus de nous, des ventilateurs géants qui semblent brasser l’air à toute vitesse, comme les hélices acérées des hélicoptères. Le toit s’arrête pourtant très vite, au milieu de la piste de tables environ. Et si l’on regarde un peu mieux, on peut apercevoir les hélices sous la tente bleue foncée, qui tout à coup se transforme en bout de ciel, et sentir le froid de l’air brassé se mélanger à la chaleur de la nuit à Bangkok, comme un ciel ouvert et fermé, tout à la fois. Comme une intrusion brutale dans la voie lactée. Au-delà de la cantine musicale, s’étendent des bâtiments couverts de tous côtés, qui protègent en leur sein des milliers de petits stands, cœurs vibrants du bazar. Des bougies, étoffes, vêtements, éléphants en tout genre, guirlandes de fleurs lumineuses reposent sur les étales. Chaque stand a son petit trou dans le mur, comme une alvéole au centre d’une ruche, où tout bourdonne, s’active, va et vient. Le Bazar est vivant et pullulant. C’est un monstre qui se fait beau pour l’occasion, qui se fait propre et gentil. Mais garde à vous si vous entrez ! Le Bazar est le pire des tentateurs… Juste derrière la scène live, trône majestueusement la « Roue de Paris », sorte de Grande Roue soi disant parisienne, éclairée par des spots blancs et jaunes, comme s’il s’agissait de l’Arc de Triomphe (non, pour les thaïs ce n’est jamais too much). Pablo et moi avions tenté d’y faire un tour, dans cette roue, le soir de Noël. Mais voilà, elle venait de fermer 5 minutes plus tôt. Quelle déception… C’est dans cette atmosphère irréelle, prenante, entre foot géant et musique envahissante, que nous bûmes nos bières. Et pourtant, il y a comme une sorte de désoeuvrement dans tant de magie. Une sorte de nostalgie lourde qui remonte de loin, et qui nous refroidit le cœur doucement. Il est étonnant comme la fête obligatoire peut déprimer l’être solitaire. Mais je suis sure d’une chose, aller seul au Night Bazar doit être la pire des agonies. En tout cas, ce soir là, entre Pablo et notre amie la Chang pas chère, on a bien rigolé. Et je suis sure que la serveuse en mini jupe se souviendra longtemps des regards vicieux que Pablo lui a fort peu discrètement jetés…ce n’est pas de sa faute s’il est myope comme ça… Jour 4 : Aujourd’hui, mon chouchou arrive ! A 9h30 du matin. Je m’habille donc avec entrain, pleine d’ardeur (après m’être difficilement réveillée à 7h15), et pars en courant attraper le BTS. En attendant le soi disant bus 552, qui emmène les pauvres sans argent comme moi à l’aéroport, j’ai des palpitations tellement énormes que je manque de prendre un taxi et payer 10 fois plus cher mon trajet, dans le seul but d’arriver à l’heure. Mais non, le bus arrive 5 minutes plus tard alors je le prends comme une grande, au milieu des thaïs et autres asiatiques en vacances. Mais là, nouvelle angoisse, le bus est bloqué dans les bouchons ! Enfin, je me raisonne, c’est pareil avec un taxi quand on y pense. Peu à peu, le bus se libère de sa torpeur carbonique, et se met à foncer à la vitesse d’un bus thaï, c'est-à-dire pas très vite. Mais bon, j’y suis, j’y reste, et je prie. Why Not ? Si Dieu existe, il m’exauce, s’il n’existe pas, de toute façon ça ne change rien. C’est dans ces moments là que je comprends bien le pari de Pascal. A l’aéroport, nouvelle angoisse, le panneau censé indiquer la porte d’arrivée de mon chéri n’arrête pas d’alterner les vols, (probablement parce qu’il y a plus de vols que de places sur le panneau électronique) et d’y insérer des versions anglaises et thaïes. Finalement, au bout de 5 minutes à cligner des yeux, j’y vois plus clair, et je constate avec soulagement que l’avion a du retard ! Mon chéri finit tout de même par arriver, et c’est beaucoup, beaucoup de bonheur comme dirait Célia. Nous retrouvons le Pablito pour déjeuner dans ma cantine du Week-end, celle qui est juste en bas de chez moi (de sorte que je peux l’atteindre en moins de 3 minutes), avec les tables bleues, vous vous souvenez ? Pablo et Stéphane sont très heureux de manger plein de bons petits plats thaïs, et comme je peux prendre 3 plats dans une même assiette pour 30 bahts, en multipliant par trois, cela fait 9 plats que l’on peut goûter. C’est beaucoup de bonheur encore, même si mes deux hommes comprennent à quel point la nourriture thaïe est pimentée. L’après midi se passe calmement, entre sieste du Pablo au Parc de Sukhumvit, et sieste de mon chéri dans le lit (et moi qui fait mon intellectuelle dans le salon avec mon livre de John Irving). En fin d’après-midi, nous partons enfin en vadrouille. Il est temps que Stéphane voit un peu Bangkok quand même. Je décide d’un petit programme tape à l’œil, pour leur en mettre plein la vue. Tout d’abord Silom, la rue au milles lumières et marchands ambulants. Nous dégustons des petits riz frits ultra épicés. Puis j’emmène mes hommes sur Sathorn, devant l’hôtel du Banyan Tree, où se trouve tout en haut le Vertigo, le bar ouvert sur le ciel ! L’entrée de l’hôtel est assez impressionnante. Tapis moderne et chaleureux, grand hall d’entrée, boiseries raffinées. On se croirait dans un hôtel 4 étoiles, ce qui doit d’ailleurs facilement être le cas. Des jolies femmes nous sourient de partout, tout en discrétion. Nos vêtements ressemblent à des loques, mais nous feignons l’indifférence des gens cools qui n’ont pas besoin de se la raconter (enfin bon, heureusement qu’ils n’avaient pas de tongs, parce qu’il y a tout de même un vague dress-code…). Nous gravissons à 300 à l’heure les 53 étages qui nous séparent du paradis. L’ascenseur est tellement rapide que les étages défilent 5 par 5, laissant cette impression de flotter dans l’air quand il se met à ralentir et à s’arrêter. 53 ème étage. Nous montons un escalier, puis un autre. Nouveaux sourires. Puis nous entrons dans le ciel, en plein milieu des nuages. La vue de tout Bangkok s’offre à nous, insolente et brutale, rieuse. Pablo en a presque le vertige. Des lumières rouges, blanches, jaunes, de partout. La Grande Roue, devenue si petite et si faible dans l’immensité de BK. Stéphane est subjugué. Il regarde avec ses grands yeux, comme toute la ville semble s’étendre, lascive, joueuse, insoumise. Il y eut même un moment où des lumières rouges sur les immeubles se sont mises à clignoter frénétiquement, comme affolées par tant de regards posées sur elles. Nous avons commandé des thai whisky (la seule boisson dans nos moyens, soit environ 3 €) et nous avons parlé et nous avons regardé. Depuis le Vertigo, Bangkok est la plus belle ville du monde, sans aucun doute. Vaguelettes de tours, tapis de voitures, parterres de lumières.