O farang, mon désespoir
Pour la petite histoire, le mot farang provient littéralement de farang-set, le Français. Eh oui, le véritable étranger, le premier, celui qui créa le désordre et qui voulut les envahir fut le Français. Mais n?y voyez là aucune haine particulière vis-à-vis du farang, qui en soi est source de revenus, et s?il est convenablement vêtu, poli et friendly, obtiendra bien des faveurs et des milliers de sourires.
Et pourtant, le farang est une bien étrange créature, adepte des communautés, comme si en se dissociant des autres, il réussissait (par quel miracle ?) à se retrouver, ailleurs, avec d?autres, au c?ur même de la ville et pourtant hors de la Thaïlande, hors de l?inconnu. Un petit paradis remplis de farang, de bars pour farang, de restaurants continentaux. Des amis qui parlent votre langue, qui mangent européens. Des amis qui vous comprennent, au-delà de tout, et surtout de cette Asie si différente. Voici plus de deux mois que j?erre le long des rues de Bangkok. Que je surprends des conversations, que je croise des groupes. Et voici plus de deux mois que je me demande, sans véritablement comprendre, pourquoi les farang ont tant besoin de se déterminer via des communautés strictes et délimitées, étrange besoin primal et pathétique du mouton à la recherche de son troupeau. A ce jeu là malheureusement, je suis peut-être un vilain petit canard. Un vilain petit canard, tout noir. Et pourtant, je me suis prise d?amitié pour certains d?entre eux. C?est ainsi qu?un week-end, je passai le vendredi soir avec mon ami espagnol et le samedi soir avec mon pote autrichien, telle une déesse du cosmopolitisme. Mais chose étrange, je m?aperçus qu?en ce vendredi soir, les gens réunis étaient espagnols ou italiens, et la langue générale était l?espagnol, alors que le samedi soir, il n?y avait que des Allemands (parlant donc, cela va de soi, allemand entre eux). Serai-je donc la seule touche cosmopolite de la soirée ? J?aime ces rencontres, et pourtant, je les déteste aussi. Je voudrais voir en eux de vrais amis, et je m?aperçois sans cesse qu?un farang reste un farang, amoureux des lieux branchés, des restos hypes, des sorties groupées 100% farang, si possible parlant la même langue. Et je me sens singulière, avec mes amis Thais, mes errances vagabondes, et mon désintérêt croissant pour cette vie sociale et vaine que l?on m?impose sans cesse (tu connais pas le BedSupperClub ??? Non mais c?est pas vrai !!!???). Au-delà de tout, si je ne peux nier mon statut de farang, j?aime tout autant me couler dans la vie paisible et douce des thais, de leurs petits bonheurs, de leurs réjouissances. J?aime manger dans la rue, m?acheter les chaussures les moins chères. J?aime marcher plutôt que prendre un taxi. J?aime me balader le week-end, plutôt que sortir toute la nuit. Et pour tout cela, malheureusement, je suis une farang parmi les farang. J?ai envie de m?asseoir au bord de la rivière Chao Praya, et de ne plus bouger. Juste m?asseoir, et laisser mes rêves glisser sur la rivière marron, à travers les volutes de chaleur humide.
Malgré tout, les touristes de passage sont parfois différents. Il y a à cela des raisons bien simples, après tout. En effet, le touriste jeune et sympa est d?abord curieux, sans sous, avide d?aventure et pittoresque car venant d?un autre pays. Il n?arbore pas encore ce visage blasé, de celui qui connaît parfaitement BK et qui ne voit plus rien, qui n?ouvre plus les yeux, et pour qui le WE c?est Ko Samet ou piscine, et rien d?autres, parce que BK c?est tout de même super moche et qu?on ne va pas marcher non plus. Il y a bien sûr des touristes un peu stupides, gentils mais niaiseux, qu?il faut prendre par la main et qui se ruent systématiquement dans les lieux les plus touristiques et frivoles de BK. Mais il y aussi les touristes intéressants, avec qui l?on partage une après-midi, un week-end, une soirée. J?ai ainsi rencontré, parmi d?autres, deux jeunes suédois qui se payaient leurs vacances en jouant au poker sur internet. Avec Nicolas, un Argentin, nous avons passé un week-end de rêve, à travers Chinatown et les moines bouddhistes en pleine cérémonie religieuse, Silom et son activité nocturne, le night bazar, et Lumpini et ses petits arbres nains le lendemain. Avec un Irlandais en quête d?identité, ce fut le marché de babioles gigantesque de Chinatown. Avec David l?Allemand, un Anglais et un autre Irlandais, se fut Soi Cowboy où les filles dansent nues sur les bars, puis direction le Beer Garden et Sukhumvit.
Des rencontres éphémères, puissantes, insensées, avec des gens que je ne reverrai probablement jamais. Ne serait-ce qu?un instant, ils ont aimé Bangkok tout comme moi, avant de courir vers les Iles du Sud ou la Jungle du Nord. Et à tous ceux qui continuent, perpétuellement, de me demander pourquoi j?aime Bangkok, je suis lasse de répondre. Non, il n?y a aucune raison particulière d?aimer Bangkok. J?aime Bangkok, c?est tout. Et cela suffit amplement.
PS : pleins de photos en plus dans l'album. Quant à celles ci, voici les légendes :
1) sympathique couher de soleil sur Bangkok depuis la Pool Party des Allemands
2) Vue depuis le lac du Lumpini Park
3) Soy cowboy...