Tango a La National
Bon, ca y est, ca c'est fait, j'ai pris un cours de tango... il ne faudrait pas croire que tous les argentins ont le tango dans le sang. Deja, c'est une danse surtout specifique de Bs As, ailleurs en Argentine il y a d'autres danses folkloriques. Ca revient un peu a la mode parmi les jeunes, mais ce sont essentiellement les touristes qui remplissent les centaines voire milliers de cours de tango de la ville. Bon, un touriste a Paris se doit d'aller faire un petit coucou a la Tour Effeil, je me devais de m'essayer a la specialite du coin. C'est Lise, avec qui je suis en cours, et qui est venue a Bs As pour apprendre le tango, qui m'a entrainee. Auparavant, Paloma, une des profs de mon ecole, m'avait motivee en me disant mais si, c'est facile pour les femmes, il suffit de se laisser guider en marchant elegamment. Ben voyons.
Bref, mercredi dernier, 21h, je debarque a La National et retrouve Lise et Julian, Colombien, pour mon premier cours de tango. Une salle immense, lustres au plafond, le charme desuet d'un lieu qui semble appartenir au passe. Ca commence assez doucement : tout d'abord on apprend a marcher, cette demarche particuliere, qui ma foi ne rend pas du tout pareil en hauts talons ou en converse. Et la, deja, en jean et converses parmi les femmes en hauts talons, je sens que je fais tache. Mais la marche ne me parait pas trop difficile et je me sens assez confiante pour la suite. Ben voyons.
Une fois qu'on sait, vite fait, marcher tout seul, en avant et en arriere, on apprend a marcher en couple. La, ca se torse, dans tous les sens du terme. Les deux mains sur le torse du partenaire, la femme s'appuie (sans perdre l'equilibre, nuance qui m'a echappee par la suite) sur lui, et c'est lui qui donne l'impulsion. Pour mes premiers pas de tango, j'ai la chance d'avoir le prof comme partenaire. La chance, car danser avec un bon danseur est toujours plus agreable, surtout quand ce prof est El Indio... Surnom evocateur, n'est-ce pas? Bref, mon prof de tango etant grand, beau et tenebreux, je m'appliquais de mon mieux, souhaitant faire bonne impression. En ligne droite, je gere... Mais voila qu'il faut tourner, petit moment de panique, ah non tout va bien c'est le prochain pas sur la liste. Concentration, je fixe les pieds de la prof, Rebecca je crois, beaucoup moins evocateur... ca va un peu vite mais les paires se reformant de suite pour pratiquer, je tente moi aussi avec un autre partenaire, et c'est le debut de la catastrophe. El Indio reprend les choses en main, ca y est moi aussi je tourne, enfin faut pas non plus trop les enchainer hein? L'etape suivante commence a me faire peur. il me semblait bien que les danseurs que j'ai pu voir ne se tenaient pas comme ca, la femme avec les mains sur le torse de l'homme. Bon, d'accord, mais de la a se pendre au cou de l'homme dans une attitude completement abandonnee? Le tango est une danse machiste, tout s'eclaire. Mais pour moi tout se complique. Le pauvre Indio, je perds l'equilibre, je lui marche sur les pieds... j'ai honte, mais vraiment honte... l'art de marcher elegamment, bah oui, c'est si facile! Les nouveaux pas s'enchainent alors que moi je regresse au niveau marche avant/arriere... Et puis le vrai probleme, c'est que je ne peux pas accaparer l'Indio, et qu'il faut bien accepter de changer de partenaires... Mais autant je trouve ca genant de m'abandonner dans les bras du prof mais pas forcement desagreable, autant avec les autres... Il y a d'abord le petit vieux, qui a la main qui tremble et qui mesure 20 cm de moins que moi. Probleme technique : comment se pendre a son cou? c'est trop bas! Rebecca m'articule un mot comme flexibilite ou souplesse, et me montre que elle, elle y arrive avec le petit vieux. Comment fait-elle, elle a aussi l'air amoureuse de lui? Apres le petit vieux, au choix, le petit gros latino qui sent la cocote, le grand (bon point) qui sent le whisky, et le mec en survet, que j'evite soigneusement. Franchement, c'est quoi cette danse qui oblige la femme a se laisser completement guider par l'homme et qui consiste a avoir un contact tres proche et tres prolonge avec des inconnus? C'est le debut du rejet... Surtout que l'Indio ne danse plus avec moi, il dit que je dois d'abord m'entrainer aux pas de bases. Sans blague. Apres la demonstration d'un enieme pas, les jambes toujours plus emmelees, je decide d'arreter de subir cette torture et me dirige d'un pas volontaire de femme qui ne se laisse pas guider comme ca vers le bar, d'ou j'aurais certainement une tres belle vue sur ce petit groupe. Horreur, l'homme au survet me barre le passage, j'ai beau lui dire que j'abandonne et que je suis trop nulle, il insiste et me dit qu'il va m'apprendre le pas basique. N'ayant plus assez de vocabulaire pour argumenter je me laisse entrainer de nouveau sur la piste. Et la je tiens a remercier publiquement l'homme au survet et sa grande, tres grande patience, je sais danser le pas avec la figure 5, et meme le 8 avant et le 8 arriere. Enfin, seulement avec lui, faut pas pousser...
23h, le cours se termine, la salle se remplit d'hommes tres elegants et plutot vieux, et de femmes tres elegantes egalement qui troquent discretement leurs tennis pour leurs hauts talons sous la table. D'ailleurs, ce que je prefere dans le tango, c'est les chaussures. La milonga peut commencer, on regarde les couples sur la piste, oui c'est sur c'est beau. El Indio cherche a me rassurer : c'est normal pour un premier cours! tu restes combien de temps ici? je te promets que si tu prends des cours disons, 3 fois par semaine, dans un mois t'es sur la piste.
Je manie mal l'ironie en espagnol, alors je me contente de sourire...