Immersion dans les bas-fonds sordides de BK
Avec mon ami Jan, un américain de 55 ans qui décida un bon jour de se consacrer à sa véritable vocation dans la vie (les voyages et les carnets de voyages ! Quel chanceux), nous aimons l’aventure. Le dépaysement, les rencontres et les discussions interminables. C’est ainsi que peu à peu, au fil de nos promenades, j’apprends à mieux connaître Bangkok, les Thais, leur culture et leur vie.
Jan est un homme curieux, modeste, drôle et heureux. Dans le quartier, les Thais vendeurs ambulants le surnomme Grand Père. Il a de nombreux amis, en Thaïlande et ailleurs, mais plus de femme pour l’embêter. Il a troqué son appartement luxueux à Miami contre un petit studio trop chou ici, comme base pour tous ses voyages. Et le début d’une nouvelle vie. Sa nouvelle vie.
C’est ainsi qu’un jour, il décida qu’il me fallait découvrir the Other Side of Bangkok. Celui dont tout le monde murmure le nom, ces lieux à l’apparence si tranquille, où suintent pourtant, insidieusement, des relents de sordide et de solitude triste. Après un dîner sympathique assorti de la bière locale « Singha Beer, number 1 in Thailand », alors que j’avais déjà dîné par moi-même auparavant et que j’avais le sensation d’abuser des mets Thais au détriment de ma ligne si fine habituellement, nous sommes donc partis direction les rues adjacentes de mon quartier. Je ne vous apprends rien, ce sont les rues des putes, de ces femmes de la nuit peu vêtues, parfois femme, parfois homme-femme, les « Lady-boy » comme on les appelle par ici. Mais derrière cette débauche assumée, alors que l’on pense avoir tout vu et tout compris, on apprend vite ici que les prostituées possèdent différents standing. Et qu’elles ne sont pas toujours là où on les attend…
En l’occurrence, les prostituées qui se dandinent le long des avenues du Lumpini Park sont très bas de gamme. Julien m’expliqua l’autre jour qu’elles sont « destinées » aux chauffeurs de taxis, et se situent donc tout en bas de l’échelle sociale. De petits anges déchus et déshabillés, au regard triste et lointain, qui filent le long des routes sombres et bruyantes. Des filles perdues pour quelques Baht à peine, pas grand chose.
Jusque là, j’avais naïvement pensé que la prostitution avait cours dans les rues et dans les bars glauquy, où des Sex Show performances étaient proposés à tout touriste un peu pervers, un peu blanc, un peu moche et vieux. Mon compagnon de beuverie, celui qui m’offre du whisky Thai à chaque fois que je passe devant lui, est un soi-disant faux tailor qui travaille en prime pour le bar « l’Embassy » (très à propos !). Parfois, soudainement, il brandit une sorte de carte de visite haute en couleur à de vieux bonhommes au regard fuyant. Sur cette carte, on aperçoit de jeunes Thaïs nues qui s’amusent à s’enduire mutuellement de mousse pour le bain. En grande lettre gothique, s’inscrit le nom de ce temple du plaisir, Embassy…Et mon regard choqué à chaque fois qu’il me sort sous le nez cette horreur !
Certes, je croyais avoir tout vu. Mais j’avais tort. Car ici, en Thaïlande, le monde de la nuit et du sexe payant est bien plus étendu, sournois, impalpable. Invisible, mais bien connu…
Jan et moi partîmes dans un bar à quelques rues de chez moi. Point de sex show performance ici, point de striptease explicite. Un grand bar, coloré et animé, un peu usine sur les bords, ou entrepôt si l’on veut, où l’on sert de la nourriture allemande parait-il excellente. En apparence, un simple bar comme la multitude de bars de BK. Et pourtant, on s’aperçoit tout à coup de l’étrange clientèle présente. Des thaies girl, beaucoup de Thaies girls, assises sagement, silencieuses ou rieuses, et tout autour d’elles des hommes blancs, moches, vieux et vicieux. Evidemment, on est en droit de se poser des questions. Ma naïveté habituelle tendrait à me faire croire qu’il n’y a là que coïncidence, que discussions sympathiques, anodines, que couples amoureux ou groupes d’amis un peu bruyants. Mais de la prostitution dans ce bar bon enfant ? Non. Ca n’a vraiment pas l’air d’un bordel. Jan m’assure que si. D’ailleurs, le bar en question est bien connu. Toutes les Thaies ici sont disponibles, sur demande, et n’attendent que le vieux blanc pour les emmener. Ne croyez pas cependant qu’elle cherche à se faire offrir des verres pour la soirée, ou encore se faire épouser pour la vie ! Ici, ce sont des putes, des vraies. De celles qui vont vous faire payer 1000 baht la soirée, ces 1000 baht dont elles sont tellement besoin pour vivre et nourrir leurs enfants. Mais cela, vous ne le voyez pas. Derrière ces visages souriants et insouciants, une ombre de solitude et de tourmente passe. Et tous ces blancs moches, vieux et vicieux, ont sous la main les plus femmes du monde.
Pour à peine 20 € la soirée.
PS : D’ailleurs, lors de cette mémorable soirée, les Thaies nous fixèrent intensément. Je suppose qu’elles n’arrivaient pas bien à concevoir ce que nous faisions là. La légitimité (et la noblesse !) de notre étude sociologique leur échappa. Peut-être pensèrent-elles que nous cherchions un troisième partenaire pour des nuits torrides ?????????