De promenades gastronomiques en rencontres insolites
Certes, s’il y a quelque chose à dire sur la Thaïlande, c’est bien ceci : les promenades solitaires ne le sont jamais vraiment. Certains diront que c’est une question de coutume, et que les sociétés asiatiques ne sont pas aussi individualistes que les nôtres. C’est peut – être vrai, et cela expliquerait en tout cas pourquoi il est si facile de se balader tout seul à BK. Parce qu’à chaque coin de rue, les mêmes sourires attendris se posent sur vous. Et qu’il y a quelque chose dans l’air, comme une frénésie calme et joyeuse de la foule, comme une invitation aux rencontres muettes, éphémères ! Et pourtant, c’est encore autour de la nourriture (ou de la boisson !) que les meilleurs liens se créent. J’aurais du naître dans ce pays, ce n’est pas possible. Il est fait pour moi… Peu après mon arrivée à BK, je décidai de voir de mes propres yeux Chinatown. Ce modeste quartier a gardé toute l’authenticité d’un vieux bourg convivial et populaire, malgré de grandes avenues coupant de lumières criardes la paisible retraite des quelques chinois autochtones. Ici, pas de shopping malls, ni de tours géantes. Seulement des petites boutiques de médecine traditionnelles, que côtoient tout de même de luxueux magasins d’art chinois. En chemin, je faillis écraser une vingtaine d’énormes cafards –des mastodontes tels que me l’avait décrit Pablo ! – ce qui n’est pas si courant à BK, comme vous pourriez le croire. Non, en règle générale, vous ne croiserez que rarement cafards, rats et autres bestioles peu affriolantes. Mais bon, il faut croire que j’ai un goût certain pour me retrouver dans les quartiers les plus insalubres de BK… !!! Avec ses grands panneaux en chinois, ses rabatteurs de restaurants de fruits de mer, ses échoppes de brochettes de poulpes, Chinatown ressemblait au vieux Hong Kong. Et j’ai senti plein de souvenirs tout à coup. Cependant, alors que je pressentais l’arnaque dans les dits restaurants de fruits de mers, je me dirigeais vers des rues moins fréquentées, où les promeneurs blancs avaient disparu. Sur une table, je vis que l’on servait une sorte de conchee, ou pudding étrange, j’ai même cru un moment qu’il s’agissait d’yeux de poissons mixés en sauce blanche. Mais non, il ne s’agissait pas de cela, enfin…c’est ce que j’espérais ! Réflexion faite, les chinois ou Thais présents avaient l’air d’apprécier. Je décidai de faire le grand pas et de me lancer dans la dégustation de cette bouillie visqueuse, à la fois marron et blanchâtre. Quelle surprise ! C’était trop bon ! Il s’agissait de haricots, ou bien de lentilles selon les cas, mixés avec une sorte de sauce blanche sucrée. C’était absolument délicieux. Pressée de remercier mes hôtes cuisiniers pour cet excellent repas (un simple bol me cala d’emblée !), ils rirent avec moi. Puis une gentille dame qui venait chercher du Mango Sticky Rice pour sa grande fille décida de s’asseoir à côté de moi et m’offrit un grand bol de ce succulent dessert. Chose peu coutume dans ces quartiers 100% thais, elle parlait anglais. Ainsi commença notre rencontre…et au final, j’eus un des meilleurs repas pour à peine 10 baht (soit 20 cents d’euros). Plutôt une bonne soirée. Par ailleurs, pour votre éducation culinaire, sachez que le mango sticky rice, c’est du riz gluant avec dessus une sauce blanche sucrée, et des morceaux de mangues bien mûres pour accompagner le riz. Miam ! Vive la nourriture Thai ! Hier encore, j’eus l’occasion de manger en bonne compagnie. Après avoir quitté le boulot en vue de mon déménagement, la tâche m’apparut soudainement trop dure. Il fallait que je mange pour me redonner du courage, et des forces ! J’allais donc dans une petite cantine de rue sympa du quartier de Sala Deng, où se situe mon bureau (au cœur de l’alliance française, remember !). Ce soir là, ce fut poisson frit et spicy avec riz, et soupe au chou. Mais mon adorable voisin de table avait dans son assiette des choses que je n’avais pas encore goûté...et je pense qu’il dut lire dans mes pensées ! Il s’agissait d’un charmant masseur, probablement homo ceci dit, qui commença à tchatcher dans un anglais approximatif mais bel et bien existant. Nous finîmes par partager lestement nos assiettes respectives, parce qu’après tout, on n’est pas en Thaïlande pour rien…Et voilà. Nous discutâmes musique, rock vs Pop le grand combat. Mais bon, quand il plaça Placebo et Muse dans la catégorie Pop Music, je fus soulagée. Il n’avait pas d’aussi mauvais goûts que ça… Et puis il y en eut d’autres. Plein d’autres. D’un quartier à l’autre je rencontrai des gens, des vendeurs ambulants pour la plupart, qui m’invitaient à s’asseoir avec eux, et me proposaient même deux sièges plutôt qu’un, un pour moi, et…un pour mon café bouillant ! Ceux de mon quartier Thai m’offrirent de la bière, ceux de mon nouveau quartier me firent goûter le whisky Thailandais (qui, ma foi, doit ressembler au whisky normal, mais je ne m’y connais pas trop et celui-ci était coupé avec bcp d’eau !). Un gentil garçon au cyber café tomba amoureux de moi, et d’autres me firent faire un petit tour en moto, pour m’éviter de parcourir à pieds les 200 derniers mètres qui me séparaient de chez moi !!!! Que de rencontres inattendues, hétéroclites et adorables. Je rejoins l’avis de Maud là-dessus. S’il y a le TGA, il y a forcément son équivalent ici, à BK, dont le sourire brille comme un soleil.