Le Dieu des petits riens

Publié le par marie blondinette

La nuit vient de tomber, une nouvelle fois, comme tous les soirs. Le ciel s’est teinté d’une nuance mauve et grise, avant de sombrer définitivement dans le bleu noir. Car il ne fait jamais vraiment nuit à Bangkok, il y a trop de lumières qui éclairent, et assombrissent, malgré elles, la voûte étoilée. Non aucune étoile ici, seulement ce ciel sans couleur, sans vie, obscure. Le ciel des villes, la pollution qui monte en bouffées noires, le bruit incessant de la vie qui ne s’arrête jamais.

J’ai tout à coup un petit coup de blues, et je pense à vous. Je suis heureuse et triste à la fois. Je travaille trop, je ne vois plus rien, et je suis blasée des plus beaux mystères que renferme Bangkok. J’ai déjà oublié l’exotisme, la nouveauté. Je suis à nouveau chez moi, et par là même, je me suis perdue. Car sinon l’attrait de la nouveauté, de l’inconnu, de l’espoir, qu’est ce qui peut encore me retenir loin de vous ?

Vivre et revivre, indéfiniment, les mêmes journées. La routine est là, sournoise, vorace. Elle me dévore peu à peu, me laissant seule dans cette grande ville où vous n’êtes pas. J’aime toujours Bangkok, la Thaïlande, les gens, la nourriture. Je vais pleurer en partant, je le sais bien. Mais il y a au fond de moi ce doute qui m’assaille. Un petit doute, un petit rien. Mais je ne sais plus bien ce que je dois attendre et espérer. Que faut il que je vive que je n’ai déjà vécu ici ? Faut il que je m’enfuis encore plus loin, pour tuer cette dangereuse monotonie ?

Etrangement, je sais que tu vis le syndrome inverse ma petite Maud. Que tu traverses des routes et des montagnes colorées, à longueur de journées, que tu passes d’un paysage à l’autre, des paysages magnifiques, à couper le souffle. Et pourtant, au cœur de tes aventures, tu as le mal être du voyageur, de celui qui est partout mais qui n’est par conséquent nulle part. Les guesthouses anonymes et semblables sont ta maison, les gens que tu rencontres tes amis. Et tu cours, tu cours, contre le temps, les kilomètres, pour tout voir, parce que c’est si beau. Et en courant, tu perds un petit peu de toi. Tu rêves de te poser à BA, mais cela serait renoncer à ton voyage. Tu rêves d’avoir une chambre, ta chambre. De rencontrer des gens que tu reverras plus d’une fois. Tu rêves de te poser alors que j’aspire à m’envoler, à voir la Thaïlande, à m’oublier, dans ces mers bleues transparentes, ces forêts perchées sur les montagnes, ces trains de nuit qui filent plus vite que le vent, la fenêtre grande ouverte, les arbres qui défilent, abruptes.

Et je pense à toi ma petite Célia, aussi loin que tu sois, à cette Célia heureuse et souriante, pleine de soleil, ma petite princesse. Tu as quitté Barcelone, et ça m’a rempli de tristesse. Parce que c’est le début de la fin ? Probablement. Je vous l’avais dit, je suis malheureuse et heureuse, tout à la fois. Et je ne veux pas partir, mais je ne veux plus rester non plus. J’attends que quelque chose m’arrive.

Et ce quelque chose va bientôt arriver. Pablo, puis toi mon chéri. J’ai hâte que vous veniez me sauver de cette torpeur qui m’encombre, ferme mes yeux, clôt mon cœur. Que vous métamorphosiez mon quotidien, à travers vos yeux. Qu’une bière puisse tout changer, que la Chao Praya devienne joyeuse. Que l’on pleure en silence parce que c’est la fin. Que l’on vive chaque instant. Vous êtes mon Dieu, le Dieu des petits riens.

Ps : Papa, Maman, je ne suis pas déprimée, ne vous en faites pas. Je suis juste surexploitée par l’ambassade de France, et cela, en soi, est assez déprimant. Je vous fais plein de bisous, et, s’il vous plait, n’envoyez pas un avion pour me rapatrier. Tout va bien.

Ps 2 : le titre est en hommage à Vesna, et parce que si vous étiez cultivés (comme Vesna et moi), vous comprendriez qu’il est tout à fait adapté. Bisous bis

ps 3 : Je ne sais pas si vous avez compris, bon, mais tout ça pour vous dire que vous me manquez.

 

 

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Publié dans à Bangkok...

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S
Ouais Pablito, prenons un peu le pouvoir!<br /> Bon alors Paris et Pau ont perdu ? C'est la déprime de ton côté ? 'Tain moi aussi! Trop nuls ces *gfrezfg$pù*o$) de marseillais...<br /> Voilà c'était la minute masculine du blog
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P
C'est clair ! Il est temps de venir faire un peu le perfide masculin.<br /> Alors puisqu'on en est sur les recommandations littéraires, et pour faire tache avec tes sales conseils Stéphane, je recommenderai Shenzhen, de Guy Delisle, qui est une BD ! irrésistible, dans laquelle lui aussi se fait tellement ch... dans son boulot d'exploité quotidien en CHine, qu'il décide de pousser jusqu'à vivre deux jours de suite exactement pareil, pour voir si les pensées sont les mêmes au même moment dans les mêmes circonstances. marie, tu peux peut-etre faire ca. il te reste quatre jours !<br /> Et je me permettrai aussi un PS 4 : les trains thais de nuit ne sont pas plus vite que le vent, j'irai meme jusqu'a dire moins vite qu'un escargot, mais plus vite quand meme que les trains chinois je te l'accorde.
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S
Quel blog féministe quand même! Y en a que pour les quatre mêmes...
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C
Ma petite Marie, je t'aime. Moi aussi je suis triste en ce moment. Mais ce qui me fait du bien, c'est de savoir que bientot on va se revoir et que ça, ce sera une joie immense. Marie, Marie, Maud, vous me manquez trop, surtout maintenant. Vivement qu'on fasse la fete!!!
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M
Ma petite marie, comme je te comprends!! je sais ce que c'est d'aimer vraiment un endroit au point d'y envisager, peut-etre, un jour, d'y reposer ses valises un vrai bout de temps, et en meme temps, de se demander a quoi bon, quand les gens qu'on aime sont si loin... mais je ne doute pas que tu vas retrouver le sursaut de curiosite qui te fera de nouveau sourire a Bangkok, pense a la chance que tu as, pablo et ton stephane rien que pour toi, tout redecouvrir par leurs yeux!! et si l'ambassade t'exploite vraiment, fais-toi porter malade et va passer deux trois jours sur les plages de thailande, non mais ils te payent meme pas!!<br /> et les filles, pensez a la fete qu'on va faire a nos retours!!
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