Marie au supermarché thaï
C’est vrai, Bangkok est une ville civilisée et moderne, et non, les femmes ne s’habillent plus avec les vêtements traditionnels des danseuses Thaï (c’est juste dans les restaus chics pour touristes ça), ni n’enduisent leurs cheveux de baumes inconnus et exotiques. Aujourd’hui, c’est Pantene Pro V qui a la cote, pour « des cheveux ultra lisses et brillants et noirs comme l’albâtre ». Et pourtant, nous ne sommes jamais à l’abri de l’incroyable, de l’illogique, de l’étonnant. Ce serait bien la peine de partir aussi loin sinon, me direz vous ! Lors de mon emménagement Soi 1 Sukhumvit, je tentais ma première vraie excursion au supermarché local. A première vue donc, il s’agissait bien d’un supermarché comme tous les supermarchés du monde, avec ses produits alimentaires, ses caissières nettement plus aimables qu’en France, ses caddy, et ses grosses têtes de gondoles présentant les super promotions du moment (du genre : à l’achat de trois crèmes 75 cL ultra white pour le corps, une 4ème vous est offerte !). Alors que je déambulais le long des rayons, j’entendis tout à coup des voix Thaïs me parler. Je me retourne plus vite que l’ombre de Superman, au bord de la crise cardiaque car je suis quasiment seule dans le supermarché, et j’aperçois une maudite publicité sonore, actionnée par ma présence ! Je m’approche du monstre, une sorte de triangle en papier à l’intérieur duquel se cache une petite boîte parlante. En me voyant revenir, il brandit une nouvelle fois son slogan en Thai, épouvantable voix d’outre tombe, mécanique et criarde. Le vent de la modernité a définitivement soufflé… Ceci dit, ces publicités sonores ne sont que la continuité des centaines d’écrans publicitaires présents dans les transports en commun, crachant tous ensemble des mots inintelligibles, dans un mouvement prodigieusement cacophonique. Et s’il arrive que ces écrans se taisent, il règne alors dans le BTS un silence presque effrayant. Une absence de bruit inhabituelle, embarrassante. Terrifiante. Le second obstacle qui s’imposa à moi instantanément fut la langue. Eh oui, tout est écrit en Thai, et c’est très angoissant. Par exemple, alors que je cherchais une lessive pour lavage à la main, je fus tout simplement incapable de déterminer quel produit choisir. Non seulement je n’avais aucune idée de la qualité du produit, mais encore moins de son usage, ce qui reste fort problématique dans le cas d’une lessive à la main – car ce n’est pas la même poudre qu’une lessive en machine, messieurs, eh oui. Le pire cependant fut de m’apercevoir de la traîtrise des grandes marques. Alors que j’arrivai au bout de ma bouteille de shampooing chéri au miel et lait de Karité « Le Petit Marseillais », je me rendis, confiante, au rayon shampoing de mon supermarché Foodland. Comme je m’y attendais, les Dove, Pantène et autres marques internationales se tenaient sagement sur leurs étales, symboles de mondialisation et d’ouverture vers l’Occident. Je me penche vers les Dove, ayant une préférence tout à fait aléatoire pour cette marque, et là, misère, pas un seul mot en anglais ! Je m’insurge contre Dove qui joue la carte du nationalisme jusqu’au bout, ce qui est tout à fait scandaleux. Donc, évidemment, je prends le shampoing bleu foncé qui annonce « Very moisturizing » au milieu d’un amas de caractères indéchiffrables. Mais voilà, Dove s’est bien fichu de moi, car lorsque je testai mon nouveau shampooing, ce qui est censé être un moment de grand bonheur, je compris d’emblée que j’avais acheté…un après-shampooing !
Parfois, dans un nouveau pays, tout semble pareil à première vue. C’est vrai, les Thaïs s’habillent avec des jupes et des chemises, il y a du Dove et du Head & Shoulders dans les rayons des supermarchés, des Jeans GAP et des petits tops Naf Naf et Esprit au Siam Paragon. C’est comme un deuxième chez nous, et l’on finit par se demander si on n’a pas été débile de tout acheter en masse avant de partir, car ici, le même produit de grande consommation coûte tout de même beaucoup moins cher…1 € pour une bouteille de shampooing Dove, qui dit mieux ?
Dove m’a tué. Hier encore, je connus un moment de grande solitude au sein d’un supermarché Thaï. Après le shampooing, vint à manquer le démaquillant pour les yeux. Je me dirige donc vers Foodland, pleine d’appréhension et d’angoisse de ne pas trouver mon démaquillant super top à l’eau de bleuet de chez Leader Price. Bon, j’étais prête à faire des sacrifices, à en trouver un similaire même si pas tout à fait pareil. Dans Foodland, un doute existentiel m’assaille tout à coup : mais pourquoi n’y a-t-il rien qui ressemble à un démaquillant par ici ? Pleine de bonne volonté, je m’approche d’une vendeuse pour obtenir des renseignements (ce que n’aurait jamais, jamais fait un mec par lui-même, allez comprendre pourquoi…). Elle me redirige vers les produits Nivea ultra-chers pour nettoyer le visage. Je la regarde, elle me regarde, et je lui dis tout de go que ce produit là n’enlève en aucun cas le mascara, qu’il n’est pas question que j’achète ça, surtout à ce prix là. C’est pas comme ci on n’avait pas Nivea chez nous aussi, après tout. Une deuxième vendeuse, nouvel échec, mais cette fois ci j’apprends également qu’il n’y a pas de démaquillants en supermarché ! Mais où puis je le trouver ! m’exclamai-je, au bord de la crise de nerf, avec une grosse envie de fracasser la tête de la pauvre fille en face de moi qui n’y est évidemment pour rien. A Robinson peut-être ? Là, c’est le drame. Voici peut être 25 minutes que je tourne en rond dans ce super marché, et il me faut maintenant aller à Robinson, l’équivalent du BHV en France, vous vous rendez compte ?
C’est ainsi que je repartis chez moi, et qu’en chemin, je passe devant un Watson, sorte de parapharmacie-beauté. Je m’y précipite, fiévreuse, enragée. Et le seul démaquillant que je trouve est un démaquillant L’Oréal pour maquillage waterproof, tout graisseux collant. Je me plains à la vendeuse (après tout, elles sont là pour ça non ?), qui ne comprend rien, fait venir le pharmacien, qui comprend mais ne voit pas l’intérêt de la question (les différences de démaquillants restent assez obscures à ses yeux…), et à deux, enfin, ils me trouvent le seul autre démaquillant Oil Free de la boutique : REVLON ! Alors tout ça pour finir par acheter un démaquillant Revlon, je vous jure. Décidemment, je ne suis pas au bout de mes surprises… Allez, sur ces aventures palpitantes, bisous à tous ! Ps : Après Marie au Supermarché, vous aurez peut-être Marie en boîte de nuit ou Marie à la plage…qui sait ? ou Marie fait du shopping, Marie se fait belle, Marie fait du tourisme…j’attends vos suggestions, je compte créer une collection illustrée.