Le paradis caché de Sukhumvit
Parfois, on ne sait pas ce qui nous attend derrière la petite ruelle là-bas, sombre et triste, qui sent mauvais. Parfois, on n’ose pas entrer dans ce magasin à l’allure pouilleuse, un peu abandonné, peut-être hanté même. Et parfois, on ne remarque même pas cette fin de Soi, où resplendit la rivière par l’un de ses nombreux canaux (khlong), bordée de tours majestueuses et de bidonvilles sur pilotis.
Il y a toujours des trésors cachés, des paradis perdus que l’on ignore. Et chaque jour que je passe dans mon quartier, me fait découvrir un nouvel oasis, tout neuf de nouveautés, délicat petit hommage à l’exotisme ambiant. Une mini cantine sur le bord de la soi, qui fait de succulentes soupes aux grosses pâtes blanches et petits beignets de crevettes / porc fumé. Une maison traditionnelle, perchée sur ses longs pieds, d’où pendent des vêtements qui sèchent, et des plats de nouilles fumant posés sur des tabourets un peu bancals. Un petit supermarché invisible et reclus, presque sinistre, avec des machines à laver à 20 baht, et de l’eau pour 1 baht / litre en provenance d’on ne sait où, mais très bonne ! Tout un paradis caché, que je viens de découvrir.
J’ai donc décidé, avant de vous raconter ma toute nouvelle découverte, de rendre hommage à mon quartier et à ma soi 1. Parce qu’au fond de moi, je sens bien que je m’attache trop à cette ruelle, à ses vendeurs ambulants, ses cantines de rues, ses petits oiseaux qui chantonnent sans cesse. A ces moto-taxis qui me sourient chaque matin, ces coiffeuses et masseuses qui me sourient, à Nai devant sa guesthouse qui me sourit.
J’ai pris mes petites habitudes et je sais que ce sera dur de quitter un jour cette rue. Je vous est donc laissé un petit album photo souvenir…
Au détour d’un petit passage très étroit, à travers duquel des planches de bois ont été posées afin de vaguement faciliter la marche, je découvris grâce à Jan une petite supérette-épicerie. Quatre machines à laver le linge semblaient suspendues, mal assurées, au-dessus du trottoir devant la vitrine. Je lus le prix avec satisfaction : seulement 20 baht pour une machine ! Invraisemblable. Jusqu’ici, j’avais parcouru les rues à la recherche de la laundry miracle. Et jusqu’à présent, les prix m’avaient paru bien trop chers, même si, en tout état de cause, ce n’était pas vraiment si cher que ça. Mais bon. Puis Jan rentra chez lui, par une entrée située en face de la supérette sans nom. Indécise, je restai debout, sans trop savoir quoi faire. Rentrer chez moi et apporter mon linge ? Aller manger d’abord ? Mais il y avait cette petite famille, assise autour d’une table devant les machines à linge. Un gros poisson attendait d’être mangé, accompagné de petits légumes en sauce, et des glass noodles aux crevettes. Ils avaient l’air heureux, assis autour de verres de whisky Thai.
Ils m’invitèrent à m’asseoir. Je n’allais pas refuser ! C’est ainsi que je fis la connaissance de Un et de Tam, deux amis, et de leur famille qui chaque soir se posent autour de leur table, un verre de Thai Whisky à la main, quelques plats de nourritures au centre dans lesquels ils picorent vers six heures du soir. Je fis ma laundry en fin de compte, et je fêtai l’anniversaire de Un par la même occasion. 26 ans. Un drôle de garçon, fan de snikers (il en a 30 paires dont certaines coûtent une fortune !), un peu balaud, pas très sportif, mais tellement gentil. Et Tam qui gère son immeuble et sa superette, tout en poursuivant des études de géographie au Sud de la Thaïlande. La famille, avec les copains, les beaux-frères, les cousins. Et la petite Thaï trop choute qui parle Anglais après avoir passé 4 ans en Suède, la veinarde. Et la maman, et la grand-mère, qui fume ses cigarettes dans sa robe-chemise de nuit à fleurs.
Mais les rencontres ne s’oublient pas. J’y retournai donc ce WE, passant mon vendredi soir à discuter avec Mister Paul, un ami américain de la famille, et Tam avec son air de petit garçon du haut de ses 28 ans. Puis Samedi, Un m’emmena visiter le grand Palais (très beau au passage, cf photos ci-joint…), et nous rentrâmes en bateau. Expérience sensationnelle ! Flotter le long de la Chao Praya. Un air de rivière sauvage, jaune et boueuse, que bordent de somptueuses demeures coloniales, de luxueux hôtels, mais également de petites maisons traditionnelles sur pilotis avec plein de bambous et d’herbes étranges autour. Silence et contemplation.
Je dois pourtant vous avouer que ce voyage en bateau ne fut pas de tout repos. En effet, étant avec un thaïlandais, j’assumai que nous trouverions vite notre chemin. Mais non. Notre première tentative pour quitter l’embarcadère s’avéra un échec, puisque contre mes indications, Un décida de prendre la bateau nommé « crossing ferry ». Evidemment, nous traversâmes la rivière pour échouer, un peu plus en aval (ou en amont ? je n’en sais rien en fait) sur les berges de Thonburi, l’ancien Bangkok qu’il me tarde de visiter ! Alors que je rigolai secrètement à voir Un si déconfit, il finit par m’avouer qu’il avait peur car il n’était jamais venu là et qu’il ne savait pas quoi faire. J’hallucinai ! Bon, je pris donc les choses en main, et ni une ni deux, nous étions à bord de notre bateau voyageur, en route vers Saphan Taksin ou nous pourrions prendre le BTS pour rentrer…Sacré Un quand même. Pas aventureux pour un sou.
J’irai les revoir, certainement. Il faut dire que Un est un petit peu amoureux de moi je crois. Mais bon ! C’est ainsi avec les Thaïs. Ils s’attachent très vite…