La guesthouse Soi 1
A quelques centaines de mètres de l’entrée de ma Soi, se trouve une petite guesthouse, presque invisible de l’extérieur. Seules une table et deux chaises, posées négligemment au bord du trottoir, sous le porche du bâtiment, avaient attiré mon attention un jour que je rentrai chez moi, très observatrice as usual (no comment). Quelques jours plus tard, alors que j’attendais Jan pour boire une bière (Singha Beer ! mais oui !), il me montra cette guesthouse et me proposa d’y prendre un verre autour de cette même table, et de ces mêmes deux chaises si souvent aperçues. Evidemment, j’acceptai. Ce serait l’occasion d’observer ce qui se passait dans ma rue, depuis un poste bien agréable ! C’est alors que la petite Nai (30 ans, d’origine du Sud de la Thaïlande, peau foncée, toute petite et très très mince) vint s’asseoir avec nous. Elle connaissait bien Jan, pour ses fréquents allers-retours à l’étage du cyber-café, et surtout, il faut bien le dire, parce que Jan est un charmeur invétéré…
Nai est en réalité la gérante de la Guesthouse Soi 1. Ou plus exactement, la petite amie d’un américain rigolo et déjanté, qui possède et gère la Guesthouse. Je ne sais pas pourquoi, mais elle m’a plu instantanément. Ce petit bout de femme qui avait l’air si fatiguée, forte et courageuse, fière aussi. Car Nai travaille beaucoup. A l’inverse de ces compatriotes en « office », qui se comportent comme de vrais fonctionnaires français, et qui sans complexe se font porter malade au moins un jour par mois (particulièrement le Vendredi, drôle de coïncidence ?), Nai n’a jamais de congés ni temps libre. Mais elle ne s’en plaint pas, enfin pas trop. Elle vient d’une famille très pauvre, n’est jamais allée à l’école évidemment. Alors on comprend qu’elle soit fière de travailler, de gagner sa vie et de gérer, tout de même, une vraie guesthouse pour backpakers ! Car malgré tout ça, elle parle Anglais comme vous et moi, en vraie autodidacte des langues. Et peut dorénavant s’acheter de temps à autre des vêtements qui lui plaisent, des chaussures, des pashminas…
Mais Nai ne s’arrête jamais, sauf pour dormir, et ça n’arrive pas tous les jours. Son boyfriend aussi travaille beaucoup. A eux deux, ils gèrent une guesthouse ouverte 24h/24, qui propose un petit bar sympa ouvert toute la nuit ! Nai cuisine thai, son boyfriend fait les petits dej continentaux (Division Scientifique du Travail oblige).
Leur guesthouse est chaleureuse, tranquille, musicale. Une salle à manger au RDC, un espace cyber café au 1er, puis le bar au 2nd, et des escaliers qui mènent ensuite aux chambres et dortoirs. Il y a toujours des gens ici, des voyageurs, jeunes ou vieux, avides d’entendre vos expériences et vos anecdotes, impatients de vous raconter les leurs. J’y ai croisé Irlandais, Français, Anglais, Néo-Zelandais et autres. La caverne d’alibaba des récits de voyages.
Ce soir là, nous primes tous les trois un verre à boire. Puis Jan voulut aller se coucher. Je restai donc avec Nai, et décidai de l’accompagner au marché de nuit de Rama IV, où elle avait l’habitude d’aller faire ses courses pour cuisiner. Forte expérience, ma foi ! C’était un marché totalement ignoré des Farangs, un vrai marché de viande, fruit et légume. Pendant que nos pieds pataugeaient dans de l’eau poissonneuse et légèrement ensanglantée par endroit, j’ouvris grand mes yeux, trop contente d’assister à ce rituel du marché de nuit. Des néons faiblards et clignotants éclairaient les étales, où se juxtaposaient les bottes de légumes, d’oignons, de concombres tout petits, de soja, et de mini-champignons. Puis ce fut des porcs entiers, des poulets en morceaux de taille complètement différentes, des poissons, des choux. Floc floc. On tourne à gauche, oui là je veux acheter des tomates (mais elles ont l’air toute petites et vertes ! Oui, ce sont les tomates d’ici. Ah). Et j’aidai Nai, si fine et si fragile, à porter ses nombreux sacs. Nous prîmes un tuk tuk pour rentrer.
A nouveau dans l’auberge, Nai m’offrit une seconde bière, et se mit à cuisiner du Tom Kha Kai (sorte de poulet à la noix de coco, un des meilleurs plats ici !) parce que je lui avait dit que j’aimais bien ça…Et du Sticky rice en entrée.
J’avais déjà mangé, et je dus retourner chez moi après tout cela. Le ventre plein, les images du marché, de la petite Nai si fatiguée. Et de cette guesthouse qui fleure bon le Tom Kah Kai et la Singua Beer, et les récits de voyages.
J’y suis retournée hier soir, vers 23H15 en rentrant chez moi. Nai était assise sur cette petite chaise, au bord de la table, sur le petit bout de trottoir. A l’écart du bruit, des autres. Je m’assis, comme si j’étais chez moi. Elle était heureuse de me parler. Mais un peu triste tout de même, quand je lui ai parlé de tout ce que j’avais vu en trois jours. Parce que Nai travaille, et qu’elle n’a pas le temps de sortir et de voir tout ce que je vois.
Ainsi, si vous cherchez un endroit pour dormir, quand je ne serai plus là, je vous recommande chaleureusement la maison de Nai. Vous y goûterez le meilleur Tom Kah Kai de toute la Thaïlande. Et vous y rencontrerez la petite femme le plus fière du monde, qui malgré sa fatigue, trouvera toujours une occasion de vous sourire et de vous faire rire.
Guesthouse Soi 1, Soi Sukhumvit 1, Thanon Sukhumvit, Wattana, BKK 10110