Bangkok Episode 1 - La ville tentaculaire
Bangkok est une ville formidable. Personne n’en doutera. Mais parfois, au détour des énormes avenues qui sillonnent la ville, on finit par se sentir envahi de toute part, comme si l’énormité de BK, son goût invétéré de l’excès, de tous les excès, pouvait la rendre surhumaine, grandiose et en même temps vénéneuse comme une plante géante qui surplomberait nos maisons.
Au dessus de ma tête passe silencieusement le Sky Train, métro aérien ultra climatisé, ultra moderne, et assez onéreux. Juste en dessous, s’envolent les express ways, ces grandes autoroutes au cœur même de la ville, monstreuses, nauséabondes et perpétuellement en proie aux plus affreux bouchons. Tantôt à terre, tantôt dans le ciel, ces immenses voies rapides fument de toute part, et criblent l’horizon de tentacules fantasques.
Certes, Bangkok semble la victime d’une urbanisation violente et démesurée. Et pour la pauvre étrangère que je suis, cela peut entraîner des situations cocasses assez rigolotes. Il se peut, tout simplement, qu’en sortant du BST – le Sky Train de son petit nom – vous hésitiez sur la sortie à prendre, parmi les 15 sorties proposées. En bons parisiens que vous êtes, vous vous dites : « pas de panique ! De toute façon, tous les chemins mènent à Rome ! » et vous empruntez, tout guirellet, la première sortie à votre droite. C’est là, après avoir descendu successivement 3 séries d’escaliers et parcouru 2 passerelles (le BST est haut perché !) que vous vous rendez compte de votre erreur. En effet, l’énorme boulevard à vos pieds découpe la ville en deux, c’est un fait. Pas moyen de traverser…autrement que par le ciel et le sky train ! Alors pour peu qu’on se soit trompé de côté, y a plus qu’à tout recommencer en sens inverse, soit une perte de temps non négligeable si l’on considère le nombre de marches à grimper et à resdescendre…
Mais courage ! Nous n’en sommes qu’au prélude de l’urbanisation. Car BKK recèle bien d’autres difficultés, à qui s’aventure naïvement le long de ses ruelles (dites Soi ). Tout d’abord, l’orientation. Certes, comme le faisait si bien remarquer Célia, nous avons le sens de l’orientation d’une poule, et ce n’est pas facile à vivre tous les jours (d’ailleurs, si nous étions vraiment des poules, ces vaines considérations ne nous effleureraient même pas, et nous serions beaucoup plus heureuses…) Eh bien, sachez qu’à BK, il n’est pas simple de se repérer. Tout d’abord, il faut bien comprendre l’immensité de cette ville. Une simple carte ne pourrait vous donner qu’une idée tout relative de son étendue et de son inaccessibilité générale. En réalité, BK est monstreuse, et renferme en son sein plus de 8 millions d’habitants (ce qui n’est déjà pas si mal, pensez vous !). On s’y repère un peu hasardeusement, au gré des grandes avenues à 4 voies qui ponctuent la géographie urbaine. Attachées à ces rue-autoroutes, se trouvent les milliers de petites soi, dont les cartes ignorent superbement le nom. Elles sont parfois très longues, ou bien finissent en cul de sac, sans qu’on sache pourquoi. Il y a même très souvent des sois à l’intérieur de soi, dont le nom n’est indiqué qu’en Thailandais, car, il faut le savoir, les Thais tiennent énergiquement à leur identité nationale, et ici, soit on lit le Thai et tout va bien, soit … on se paume, on repart, on cherche et on retrouve, parfois bien longtemps après, mais quel exotisme ! Les Thais, par contre, sont très serviables. Ils font d’emblée vouloir vous orienter, vous guider à travers ce gigantesque labyrinthe. Malheureusement, la plupart du temps, vous vous apercevez, mais trop tard, que le Thai en question ne connaît pas si bien sa ville. En pourtant, en toutes circonstances, il tentera tout de même de vous indiquer une direction, n’importe laquelle plutôt que rien. Car le Thai ne sait pas dire non. Il est bien trop gentil pour ça…
Enfin, pour ajouter encore à la difficulté poignante de se déplacer au sein de cette gigantesque capitale, les rues sont intraversables. Au-delà des quelques avenues autoroutes dont je parlais, la plupart des rues ne prennent pas en compte les piétons. S’il y a un feu, c’est pour laisser passer les voitures d’une autre rue, alors cela complique bien les choses. Surtout que les automobilistes Thais, de vrais fous, se fichent bien de vous écraser ou non. En vérité, ce qu’ils veulent c’est rentrer le plus vite possible chez eux, tâche quasi infaisable étant donné la monstruosité des bouchons quotidiens ! On notera donc aussi une certaine quantité de motos, scooters et autres deux roues, qui transportent jusqu'à 4 personnes à la sortie de l’école, oui, oui … Bangkok, ville tentaculaire, où il est si difficile de se retrouver, de se mouvoir et d’exister, mais lorsqu’on commence à l’apprivoiser, quelle revanche ! C’est ainsi que je suis partie à sa découverte, dans ses moindres méandres de ruelles obscures, à la recherche d’un appartement. Mine de rien, j’en ai fait du chemin depuis mon arrivée. Et il m’arrive, de plus en plus, de regarder de haut ces pauvres touristes effrayés, qui se perdent dans les flots de voitures, devant moi. Ca y est, je ne me sens plus touriste. J’habite ici, je vis ici, je travaille ici. Bangkok est à moi, et je saurai la mater. Car plus belle et plus grandiose que beaucoup de villes au monde, BK la tentaculaire recèle un million de trésors. Que je compte bien découvrir. PS : j’ai donc, suite à mes périples urbains, trouvé un appartement trop bien, en plein cœur de Sukhumvit, entre grande classe (bars, resto luxe, grandes tours modernes) et sordides (rue des putes juste à côté), dans lequel j’ai emménagé hier…à moi BK ! PS 2 : cela va sans dire, mais si vous passez par BK ou si vous souhaitez séjourner gratuit avec un guide de la ville en bonus, n’hésitez pas, je suis là…